Astro 2 euros

L’équinoxe signifie à proprement parler une balance parfaite en tous lieux de la Terre du jour et de la nuit bien qu’il puisse mesurer d’un autre point de vue une sorte de statu quo entre la lumière et les ténèbres dans leur lutte toujours recommencée et semblable aux joutes répétées d’un bélier sur un obstacle.

Le 22 décembre 2015, jour du solstice d’hiver, je participai à une rencontre au rayon librairie d’une grande surface. La table avait été partagée avec un auteur qui présentait un ouvrage sur les cent ans de l’aéroport de Lesquin. Par la proximité, cette présence avait du sens. Dans la discussion qui ne manqua pas de naître, j’appris qu’il habitait Joyeuse en Ardèche. Petite coïncidence amusante qui s’ajoutait à celle du qualificatif qu’il devait probablement apposer en guise de dédicace à l’heureux élu en espérant qu’elle conviendrait pour lui à la fête de Noël dont nous étions l’avant-veille.

La matinée se déroula dans une atmosphère de convivialité et au rythme des souvenirs que ne manquent pas d’égrener entre eux les auteurs soucieux de vendre leur production et ce durant ces moments fréquents où les lecteurs curieux se font rares, et cela même dans un lieu dont le sol se voit fouler par 10 000 chariots roulant à la conquête des bonnes affaires comme des pionniers, nombre croissant au fur et à mesure que la date fatidique de la Nativité approche, la naissance du Berger suscitant comme chacun sait des appétits de loup.

Je le quittai vers 14h30 à la nécessité de tâches administratives qui m’attendaient.

Chemin faisant, je m’arrêtai chez un buraliste. Je joue rarement à la Loterie. Les chiffres sont têtus et ceux des statistiques en la matière absolument dissuasifs même pour ceux qui, l’air de rien, vivent joyeusement dans la dèche.

Fut-ce l’aléa que comportait intrinsèquement le métier du livre qui m’amena à tenter ma chance ? Il est admis que les gagnants sont parfois des novices. Toujours est-il que j’achetai deux tickets à gratter que l’on nomme Astro. Je laissai le soin au marchand de les choisir sans intercession de ma part, le client habituel trouvant dans son propre signe un gage de chance additionnelle. Je balayai du revers de la manche cette intrusion à mon avis dommageable. Mon intuition était partagée entre le sens de la réalité et le goût du rêve. De retour au bureau, j’inventoriais encore la liste de mes envies au souvenir que ce titre avait fait un carton en librairie deux ou trois ans auparavant…

Le jeu comprend deux types de gain selon qu’on découvre deux signes ou deux qualités identiques. Les deux tickets ne firent hélas apparaître qu’une seule fois leur Zodiaque de référence, respectivement un Bélier et une Balance et, en tant que perdant du premier gain, je trouvais néanmoins à leur présence une délicieuse et subtile signification. En revanche, deux vertus doublées – dynamique pour le premier, sympathique pour le second – m’annonçaient élégamment que j’étais dans les deux cas l’heureux gagnant du deuxième gain. Il est vrai que les dédicaces exigent un dynamisme peu commun si l’on veut arrêter le roulis des lecteurs potentiels et que, partant, je ne manque jamais de signaler la nature sympathique d’une rencontre quand elle a lieu. C’était suffisant pour me verser dans une douce illusion au moment de gratter la fine couche d’encre métallique.

Depuis lors trônent sur mon bureau (ayant laissé à la Française des Jeux cette marge supplémentaire en rompant le principe de la somme nulle) les deux billets de loterie : ils octroient chacun, selon un équilibre parfait, le loisir de s’échanger pour le prix de leur rachat…